NE TIREZ PAS SUR L'AMBULANCE...

Les avatars et les divers commentaires émotionels qui ont marqué la 6ème  édition du Bordeaux Sud Ouest Classic m'ont inspiré une page de devoirs de vacances. Je vous la confie. Bonnes vacances.

  Je n’adore pas les rallyes de régularité et de navigation. J’ai pourtant participé aux 6 éditions du Bordeaux Sud- Ouest Classic, à plusieurs Vignes et Virages, et à quelques Rondes des Châteaux du Périgord.  Je me suis aussi aventuré dans des Nuits des Longs Capots, des  Rondes Pyrénéennes sans parler d’autres  expéditions exotiques. Pour me faire ou faire plaisir, quelquefois par devoir, fonction oblige, rarement par enthousiasme.

  Je n’aime pas le chou- fleur à la sauce béchamel. Cyril Deprez non plus ! Interrogé sur l’interprétation d’un road book litigieux au soir d’une étape d’un Dakar où il avait concédé beaucoup de temps, le motard, multiple vainqueur du Dakar, avait élégamment  répondu au journaliste qui le provoquait sur le sujet : ma mère m’a appris à ne pas dire « le chou- fleur c’est pas bon », mais à  dire plutôt «  je n’aime pas le chou- fleur »…alors …aujourd’hui, je n’ai pas aimé ce road book. Champion !

  Evoquer les raisons de ma faible appétence pour la régularité et la navigation « extrêmes » serait faire injure aux fanatiques et aux organisateurs. J’en connais des mordus et je les respecte. J’en connais des très bons et je les admire. Je ne les jalouse cependant pas.

   J’aime avant tout  l’ambiance des parcs fermés, les préparatifs et les préliminaires. J’aime contempler les autos. J’aime l’agitation des départs, les briefings  et le speaker.  J’aime rouler, sauf autour des ronds-points. J’aime les road books  justes, intuitifs et intelligents. J’aime rencontrer sur ma route les  CP, les CH et leurs contrôleurs bénévoles. J’aime partager la présence et la complicité de mon navigateur.  J’aime voir et sentir  les autos en mouvement, ressentir les odeurs d’huile et de freins chauds, entendre le bruit des échappements au rythme des accélérations et des rétrogradages. J’aime les arrivées d’étapes, les retrouvailles entre copains, les sourires et les anecdotes échangés. Dois- je pour cela être condamné à la torture ?
   Parce que j’aime aussi flâner, contempler le paysage, m’arrêter au bord d’un ruisseau, d’une falaise, d’une grève et, de temps en temps boire un coup dans un troquet au bord de la route dois-je pour autant endurer la longue litanie d’un classement qui m’indiffère voire une humiliation qu’on n’inflige même plus aux mauvais élèves?

  Dès la deuxième édition du Bordeaux Sud –Ouest  Classic, à Bazas, au pied de la cathédrale et au terme du très élégant dîner sous le porche de l’Hôtel de Ville qui accueillait les concurrents, j’avais suggéré à Didier FAURE d’ouvrir une catégorie au road book limpide, sans moyenne et sans classement. Nous l’aurions appelé GT pour « Grand Touriste ». La catégorie GT vit le jour deux ans plus tard. Malheureusement les organisateurs du BSOC ne sont pas allés au bout du développement du concept, puisque la catégorie GT bénéficie encore du même road book,  exubérant, que la catégorie régularité  et fait toujours l’objet d’un classement. Seuls les secteurs de régularité ont été épargnés aux participants de cette catégorie. Pas les galères, les jeux de pistes et les parties de qui perd- gagne !


 On connait l’épilogue du BSOC 2012. Ceux qui ne l’auront pas vécu en trouveront le compte rendu  dans LVA, sous la plume réputée avisée et sans complaisance de François Arsène. Tout est dit! Fermez le ban !  Oserai- je dans ces conditions ajouter que j’ai pourtant passé une très belle journée au BSOC 2012.
   D’abord, il fait beau et bon pour rouler. L’esplanade du Casino Barrière est accueillante. Les autos sont belles, nombreuses et bien rangées. Les organisateurs sont bien propres, souriants et détendus. Le briefing est rapide (trop ?). La première étape s’annonce courte : 1 heure pour arriver à Arveyres. Facile. Le départ est donné. Nous utilisons un stratagème pour exécuter sans faute une cartographie assassine. Nous arrivons  les premiers au Château de Barre, à l’heure. Où sont les autres ? Bizarre. Plateau repas à l’ombre -nous avons le choix des places- et départ de la deuxième étape. Première rencontre avec la « barrique folle ». Premier joker et report à  la case suivante. Nouvelle impasse. Nous passons les premiers, mais déjà très en retard, au CH où les commissaires s’impatientent. On nous promet des glaces au prochain CH. Nous engrangeons de stupides  panneaux dans les fléchés. La deuxième cartographie est annulée. Nous avions bien fait d’anticiper. Finalement perdus et lassés, nous décidons de réparer un ressort baladeur et choisissons de partager une bière avec les amis d’un bel équipage à la dérive comme nous. On en rit. Réconfortés mais rongés par le remords nous décidons de rejoindre le prochain CH en choisissant une très belle route. Surprise ! Nous sommes encore parmi  les premiers alors que nous pointons avec plus d’une heure de retard. Le glacier en « tube Citroën » est bien heureux de trouver des amateurs pour sa production. Nous apprécions. Ici c’est l’expectative : nous devrons attendre les ordres du « boss ». Résultat : départ en convoi, jugé plus sûr, derrière le « pace car » pour deux « spéciales » surprises,  sur route fermée avec commissaires homologués et tutti quanti. Excusez du peu! Nous faisons partie des privilégiés. Arrivée triomphale à PELLEGRUE où les charmantes conseillères municipales  commencent à s’impatienter derrière leur comptoir. Le rosé menace de se réchauffer. Monsieur le Maire n’y croit plus. La municipalité a  pourtant préparé un accueil grandiose : bastide réservée au rallye, dîner sous la halle. Superbe ! Les participants arrivent au compte- goutte. Le journaliste s’amuse. Le dîner peut être servi. Coup de semonce du « boss ». On repassera pour le café. La « spéciale » de nuit est annulée et on enchaine directement sur le retour. Arrivée prévue au Casino Barriere à 0h30. Entre chien et loup, fléché métré, non métré, un peu d’embrouille anglo-saxonne, ça roule. Un tour gagnant  autour de l’église de Frontenac. Félicitations du jury. Il fait déjà bien nuit. Patatras ! Revoilà la « barrique hérisson ». Les lucioles des participants s’éparpillent  à 360° dans les coteaux environnants. Croisements hasardeux, pleins phares. Eblouissements. Tension. Danger. La coupe est pleine. Et il reste encore une cartographie en couleur et une nouvelle barrique. La soupe à l’oignon nous attend à Bouliac. Je connais Bouliac, son église, son belvédère, le Château Montjuan, le Saint James et… l’Espérance. Nous y allons directement. 1 heure du matin : nous sommes encore les premiers. Personne ne nous rejoint pendant la demi- heure où nous soutenons le moral des gentils bénévoles qui commencent à regarder leurs montres. C’est plutôt la soupe à la grimace. Celle à l’oignon est bonne et bienvenue. Il est tard, trop tard. Le « boss » est là, claquemuré dans sa voiture de service. Je lui rends notre feuille de route. Notre lit est plus proche que le Casino Barrière. La sérénité du couple sera sauvegardée ! C’était bien comme ça !

  Je n’irai pas à la remise des prix. C’est décidé. J’assume ainsi mes convictions, mes responsabilités et le respect de certaines valeurs.

  J’étais présent, au milieu des années 2000, à l’édition de la Ronde des Châteaux du Périgord qui avait causé son naufrage. Si les mêmes causes doivent produire les mêmes effets (qui en douterait ?) il est urgent pour le BSOC d’avoir recours à l’ambulance.

  Elle pourrait s’appeler  GT (pour Grand Touriste) s’il n’est pas déjà trop tard.

  Pierre WEHNER


Découvez également au format pdf ce bulletin du mois d'août 2012 de l'ACSO Classic !

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