EVOLUTION, SPECULATION ET PARADOXES

Un de mes bons amis vient de vendre, à un acheteur (par moi) inconnu qui vient donc de s’offrir ce plaisir, une Ferrari 328 GTS en échange d’environ 100 000 €. Soit !

Un autre ami m’annonce fièrement qu’il vient de faire l’acquisition d’une Porsche 911 Type 991 Carrera S PDK de 2012 pour moins que ça.

Devinons qui est le plus heureux des trois ?

Une rumeur suggère que de tels caprices procurent deux moments d’intense bonheur : le jour où on achète et celui où on revend ! Abandonnons aux mécréants et aux pisses-vinaigre la paternité de cette plaisanterie mais gageons, tout de même, que les trois partagent, à cet instant, une même joie.

Devinons maintenant ce qu’il en adviendra ?

La Ferrari 328, née en 1985, vient d’accéder au statut de véhicule de collection. Sa côte a plus que doublé depuis 2 ans. Elle n’a pas la réputation d’être la meilleure de la lignée des « berlinettes » de la marque. Qu’importe ! Elle peut maintenant prétendre participer aux manifestations réservées aux « anciennes » : sorties amicales, rallyes de régularité, VHRS et, sous réserve d’éligibilité, à quelques grands rendez- vous sportifs ou mondains. De surcroit, elle accède aux ventes somptuaires des grandes officines spécialisées. Au quotidien, elle préfère les beaux garages, quelques grands espaces carrossables et des petits week-ends sans bagages. Elle fréquente assidument les ateliers de mécanique de précision et conduit malicieusement son conducteur à solliciter les services de son assistance préférée ( l’ACSO !) tout en faisant sournoisement découvrir à ses passagers les vertus de l’ostéopathie. C’est une Ferrari des années 80 que diable ! Féroce et rugueuse. Quand on aime…

La Porsche 991 Carrera S PDK est une voiture d’occasion. Une lointaine descendante de la 911 qui avait marqué un tournant décisif dans la définition de la voiture de sport et de course « compétition – client ». Il faut avoir fait un master à l’Université de Stuttgart  pour s’y reconnaître dans la nomenclature Porsche : le type 991 est une 911, originellement  901, qui succède, dans l’ordre (?) de la lignée des 911, aux 964, 993, 996 et 997 chacune déclinée dans de multiples versions T, S, SC, 4S, CARRERA, RS, GT 2 et 3, Targa etc… le tout étant encore panachable à l’envie! Quand à PDK c’est un nouveau label « chic et choc» qui identifie une boite de vitesse robotisée permettant d’utiliser la fureur de cette bombe intemporelle et civilisée en toute circonstance. Bref, cette voiture appartient à cette prestigieuse famille qui invite ses ressortissants, dans un club très select, à de nombreuses manifestations automobiles - rallyes, circuits et autres défilés – étant admis que l’utilisation de ses vertus sur la route représente un défi permanent au permis de conduire !

Et finalement, nos deux spécimens risquent fort de se rencontrer dans les manifestations et concentrations ouvertes aux véhicules de collection et de prestige qui font florès, à l’image des Rallyes de Corse, de Paris, voire des Princesses etc.. qui se déclinent désormais en version classique et prestige.

Le paradoxe de la situation tient au double fait de l’évolution spéculative de l’automobile de collection et de la renaissance au XXI° siècle de modèles séduisants qui ont fait oublier la torpeur de la production industrielle des années 80 et 90 du siècle précédent.

Naguère, je n’ose dire jadis, on achetait une « vieille » auto parce que cela permettait d’accéder à peu de frais aux rêves inassouvis de la possession de belles autos. Ainsi furent réhabilitées plus ou moins sérieusement, une multitude de  voitures finalement abandonnées par une succession de propriétaires dont la fortune était proportionnelle à l’ordre d’émission des cartes grises. Certaines furent même sauvées, in extremis, de la destruction pure et simple, dernier acte de la vie économique de ces merveilles plus brinquebalantes que roulantes. Leur valeur était sentimentale et partagée par les admirateurs de ces «originaux » qui s’évertuaient à faire vivre ce que les riches consommateurs rejetaient au profit des nouveautés de l’industrie automobile florissante.

Ainsi survécurent des marques abandonnées et des modèles dépassés qu’on retrouve aujourd’hui sous les sunlights des grands salons et des show- rooms des marchands prestigieux.

Songez, par exemple, que Dominique GEFFRE acheta, après de longs mois de recherches, sa DARL’MAT pour le prix d’une 404 d’occasion. Certains d’entre vous connaissent un de mes amis qui échangea une FERRARI 250 Lusso contre deux VW Coccinelles déjà usagées ! Combien de Jaguar Mk 2, d’Austin- Healey, de Triumph, de Porsche 356 et tant d’autres se négocièrent au prix d’une mobylette neuve.

Bien sûr on devine le prix de la restauration et de l’entretien de ses épaves devenues merveilles. C’est leur vraie valeur. On connait, désormais, le coût d’une reconstruction « ad integrum », les exemples des répliques de BUGATTI, de COBRA et même de FERRARI GTO, sans parler des Jaguar C, D, XK, E en fournissent la référence. Tout le surplus est le fruit de la spéculation effrénée et orchestrée des dernières années.

Reste le plaisir ! Une nouvelle question se pose alors, qui nous ramène à l’exposé initial. A ce titre, préférerez- vous une ASTON MARTIN DB 4 à 700 000 € ou une craquante V8 VANTAGE de 2007 à 50 000 €, une  JAGUAR Type E à 200 000 € ou un séduisant cabriolet XK R  de 2008 à 40 000 €, une DINO 246 GTS à 350 000 € ou une fougueuse FERRARI 360 MODENA de 2003 à 70 000 € etc… ?

Vous seuls en possédez la réponse !

A suivre…

Pierre WEHNER


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