L'élargissement du Pont de Pierre

Premier et longtemps seul franchissement de la Garonne dans la capitale Girondine, reliant initialement Bordeaux à la ville de Cenon-La Bastide (avant l’annexion de La Bastide le 1er janvier 1865), le Pont de pierre n’était évidemment pas fait pour les automobiles.

Ordonné par Napoléon dès 1808 suite aux problèmes rencontrés lors du passage des troupes en marche vers la Guerre d’Espagne, l’ouvrage a été conçu par l’ingénieur Claude Deschamps (assisté de son gendre et futur Maire de Bordeaux Jean-Baptiste Billaudel) et construit entre 1812 et son inauguration le 1er mai 1822. Plusieurs arrêts ont en effets marqués le chantier, pour raisons climatiques mais surtout suite à la chute de l’Empire et aux difficultés financières croissantes. Le pont permet sur 486,68m un passage entre les deux rives, et de s’élancer rive droite dans sa continuité sur la nouvelle route de Paris, grande avenue rectiligne tracée en 1826 (Avenue Thiers). Pour cela, ou pour rentrer dans Bordeaux, il fallait toutefois s’acquitter jusqu’en 1863 d’un octroi destiné à rembourser la structure mise en place par des financiers bordelais pour achever les travaux. Cet octroi se payait au passage de quatre guérites érigées comme quatre petits temples à chaque coin du pont.

3 1

Au fil des années, la fréquentation du pont révèle que sa largeur initiale est trop juste. Un premier élargissement est réalisé dès 1860, en réduisant les trottoirs. L’arrivée et l’essor de l’automobile semble condamner une construction devenue clairement obsolète. Le pont est d’ailleurs doublement promis à la destruction lors de la seconde guerre mondiale, suite à une décision ministérielle du 3 décembre 1941 puis par la volonté des troupes d’occupation à la Libération de la ville. Sauvé, le pont reste en place et l’Etat accepte, en 1949 et en accord avec la nouvelle municipalité conduite par Jacques Chaban-Delmas, de conserver ce passage, mais sous réserve de répondre à l’embouteillage permanent qui caractérise désormais son entrée.

Un programme d’élargissement est donc mis en place à partir de 1952, provoquant une profonde mutation du pont sous les ordres de l’ingénieur des Ponts et Chaussées Renoux. Ainsi, et alors que l’ouvrage reste partiellement ouvert à la circulation, les anciens bâtiments d’octroi, reconvertis depuis en poste de police, sont détruits en novembre 1953, et de nouveaux garde-corps en béton armé sont réalisés. Ces travaux, menés par l'entreprise de maçonnerie de Daniel Sanchez, permettent la création d’un nouveau tablier d’une largeur de 19 mètres, doublant le nombre de voies pour les automobiles tout en créant une piste cyclable et en maintenant des trottoirs. Le Pont de pierre, dans sa nouvelle configuration élargie, ouvre complètement ses voies à la circulation le 17 avril 1954, parallèlement à de nouveaux axes routiers créés sur chaque rive sous la première et la dernière arche. Le tunnel, situé sous la Place Bir-Hakeim, sera lui ouvert le 15 juin 1962, permettant une continuité de la circulation sur les Quais, sans perturber l'accès au pont.

La configuration routière du pont est à nouveau profondément remaniée en 2003 lors des travaux pour le nouveau tramway, avec le retour à une voie unique de circulation dans chaque sens pour les automobiles, permettant une cohabitation entre voitures, tramway, vélos et piétons. Fin 2013, le trafic automobile quotidien sur le Pont de pierre, en baisse, est de 17.500 véhicules, avec des pointes de 500 à 600 véhicules par heure à certains moments de la journée.

L’élargissement de 1954 a permis la circulation automobile mais a contribué à fragiliser l’ouvrage. Son enfoncement est devenu problématique et de lourds travaux devraient prochainement permettre de renforcer les fondations. Il convient de se rappeler que des faiblesses marquantes de la 7ème des 17 piles du pont avaient entrainé sa fermeture durant trois semaines en 1995.

Cet article a été rédigé par son auteur spécialement pour le site internet de l’ACSO Classic.

années 1860 années 1940 années 1950 années 1990 années 2000

L'intégralité de ce site, des photographies et des documents qui y sont présents sont sous copyright © Automobile Club du Sud Ouest. Tous droits de diffusion et de reproduction réservés.

N'oubliez pas le prochain repas de l'ACSO Classic

ce mercredi 23 août !

Pensez à réserver votre place auprès de l'ACSO