La course Paris - Madrid 1903

Le 24 mai 1903 à 3h45 du matin, le Britannique Charles Jarrott libère, dans un hurlement épouvantable, l’énorme puissance de sa 45 CV De Dietrich. Le premier, il prend le départ de la plus extravagante course sur route du monde, de Paris à Madrid, soit 1307 km avec étapes à Bordeaux et Vittoria.

Il est suivi de minute en minute par 220 concurrents qui foncent à près de 150 km/h sur une route de terre poudreuse bordée de 3 millions de spectateurs. Le temps chaud et ensoleillé favorise la poussière. Les coureurs se doublent sans aucune visibilité, les chiens traversent la route, le public indiscipliné n’a pas conscience des vitesses atteintes et les accidents se multiplient.

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Arrivée de Louis Renault aux Quatre Pavillons

A Bordeaux, le bilan est effrayant : 9 tués, plus de dix blessés graves. Le Préfet de Bordeaux, Monsieur Lutheaud, reçoit la consigne d’interdire la poursuite de la course. Les voitures De Dion-Bouton sont surveillées par des agents dans la cour de l’immeuble Journu, 55 Cours Tourny (aujourd’hui Cours Georges Clemenceau), d’autres sont conduites à la gare tirées par des chevaux. Le plus rapide à Bordeaux, Fernand Gabriel sur Mors 70 CV dépasse la moyenne effarante de 105 km/h et reçoit le prix de la Ville de Bordeaux. Louis Renault, dont le frère Marcel meurt à Couhé-Vérac, est premier des voitures légères à plus de 100 km/h. pour la première fois, des automobiles sont allées de Paris à Bordeaux plus vite que le plus rapide des trains express.

La légende de Paris – Madrid est née. Cette course fait prendre conscience que l’automobile est « une tueuse » qu’il faut apprivoiser. A compter de ce jour, les courses sur route ouverte sont interdites. Des circuits automobiles sont créés. Les routes en goudron se multiplient, les virages sont relevés, la signalisation se développe. Les pneumatiques progressent comme la recherche aérodynamique ou l’efficacité des freins. « Le sang des victimes de Paris – Madrid n’aura pas été répandu en vain. »

Dans cette course infernale, il faut signaler la participation d’une femme, Madame du Gast. Arrivée 45ème au volant de sa De Dietrich 30 CV, elle pouvait prétendre à un classement dans les dix premiers si elle ne s’était arrêtée « dans un geste joliment féminin » pour secourir un équipier accidenté. A la question de connaitre ses impressions de route, elle répond : « Ma course est bien simple. Je suis partie et je suis arrivée. Je n’ai eu qu’à conduire et il est vrai qu’aux 120 à l’heure que nous devions atteindre pour faire du 90 de moyenne, c’est une occupation déjà suffisante… » Madame du Gast consacre la fin de sa vie aux bêtes au sein de la Société Protectrice des Animaux.

Cet article a été publié pour la 1ère fois par son auteur dans le livre « Dictionnaire de Bordeaux », publié aux éditions Loubatières en 2006

années 1900

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