Paris - Bordeaux - Paris 1895

Le concours organisé en 1894 de Paris à Rouen, dans lequel le remorqueur à vapeur De Dion-Bouton est le plus rapide, mais se trouve classé seulement troisième, attise l’esprit de revanche du comte de Dion. Il lance l’idée d’une course de vitesse pure de Paris à Bordeaux, soit 1200 km. Le parcours est à effectuer en moins de cent heures et le dépannage avec les pièces transportées. Réservée aux « machines sans chevaux », cette course réunit 22 engins au départ, 12 à pétrole, 7 à vapeur, 1 électrique et 2 bicyclettes « automotrices ».

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Le virage de Bordeaux, sur les Allées de Tourny, est effectué par Amédée Bollée au volant de son véhicule à vapeur "La Nouvelle"

Les « machines » à vapeur se portent rapidement en tête de la course, mais tout aussi vite connaissent pannes et abandons. Levassor et d’Hostingue sur leur Panhard et Levassor foncent vers Bordeaux où ils arrivent en 22 heures 28 minutes. Pour la première fois, une machine sans chevaux va plus vite de Paris à Bordeaux que le plus rapide des cyclistes (l’Autrichien Gerger en 24h 12 m). Le virage de Bordeaux est prévu devant le Café Anglais, 37 Allées de Tourny (aujourd’hui Air France). L’accueil est enthousiaste. Levassor grignote quelques biscuits, boit un verre de Barsac sans même descendre de voiture. L’équipage repart aussitôt après le contrôle. Le changement de pilote est autorisé mais Levassor garde « le gouvernail ». La deuxième nuit sans sommeil est difficile, les deux hommes chantent à tue-tête, d’Hostingue a pour mission de pincer Levassor pour le garder éveillé. Heureusement le froid les aide. Les lanternes à bougies éclairent ridiculement. Enfin, après 48h 47mn 30s de conduite ininterrompue, Levassor et d’Hostingue atteignent la porte Maillot au milieu d’une foule en délire : c’est le triomphe du pétrole à plus de 24 km/h de moyenne. La vapeur est battue, seule La Nouvelle d’Amédée Bollée déjà âgée de 15 ans au départ réussit à rallier Paris dans les délais après des galères épouvantables.

Le règlement stipule que le premier prix est attribué à une voiture à quatre places, c’est la Peugeot de Koechlin arrivée onze plus tard qui est gagnante. Malgré tout, c’est l’exploit de Levassor qui marque l’histoire au même titre que les étranges « boudins remplis d’air » qui équipent les roues de L’Eclair des frères Michelin, premiers pneumatiques utilisés sur une voiture. Cinq ans plus tard, toutes les voitures en sont équipées.

Au cours du banquet clôturant l’épreuve, Marcel Deprez, grand physicien membre de l’Institut, porte un toast « aux moyennes prochaines de 50, 60 voire 80 km/h ! ». Levassor, pousse alors le coude du baron de Zuylen et murmure : « C’est triste qu’à l’issue d’un bon déjeuner, il se trouve toujours quelqu’un pour dire une bêtise. » Six ans plus tard, Fournier sur Mors dépasse la moyenne de 85 km/h de Paris à Bordeaux.

Cet article a été publié pour la 1ère fois par son auteur dans le livre « Dictionnaire de Bordeaux », publié aux éditions Loubatières en 2006

années 1890

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