RETOUR VERS LE FUTUR

Vendredi 12 juin 2015 : Châtellerault… il pleut. Les mornes plaines céréalières semblent les seules à l’apprécier au terme de quelques semaines de sécheresse. Mes essuies glaces «upgradés» fonctionnent à merveille et sans bruit. Au moins ça !

Je passais déjà par là en 1968 : j’étais, involontairement et sans conviction, étudiant à Poitiers. Il y pleuvait déjà souvent. Ma 4CV Renault, type 1062, me permettait un peu d’évasion. Alors pourquoi pas Châtellerault?  Cela me donna, au mieux, une avance culturelle à l’émergence d’une première ministre de l’ère mitterrandienne  oubliée depuis. Les voyages, fussent- ils mineurs, ont toujours formé la jeunesse.

Aujourd’hui, en plus, on peut au passage apercevoir le Futuroscope, totem de la modernité et les lourdes infrastructures de la ligne TGV qui mettront bientôt Paris à deux heures de Bordeaux. Certes la pluie persiste. Le futur ne nous réserve pas que des avantages. Je me dirige par l’autoroute, à 130 km heures constatés et certifiés par mon GPS, vers le MANS. Juin…le Mans… les 24 heures !

J’ai assisté une fois aux 24 heures du Mans. En 1968. Les seules 24 heures courues en septembre. J’y avais une part de responsabilité pour avoir tenu des barricades au mois de mai de la même année sans véritablement savoir pourquoi. Je me pose encore la question quand j’entends, quelques fois, les vociférations éditoriales de Daniel Cohn-Bendit sur Europe 1. A la réflexion, je pense que le seul avantage que j’aie pu en tirer, est celui d’avoir été spectateur des 24 heures du Mans dans ma jeunesse: ce n’était pas l’envie qui me manquait…mais jusque là, en juin, il y avait des examens. On croyait encore à l’intérêt des diplômes en ce temps là !

Cette année là, la Matra 630 d’Henri Pescarolo et Johnny Servoz Gavin a fait rêver la France et s’égosiller Tommy Franklin pendant près de vingt heures. La pluie et un essuie- glace récalcitrant ont entretenu le suspense et créé la légende mais une ultime crevaison a tout gâché. La symphonie du 12 cylindres s’est achevée quelques heures avant l’arrivée.  La GT 40 du team John Wyer, pilotée par Pedro Rodriguez et Lucien Bianchi remportent cette 36° édition. Johnny Servoz Gavin décèdera dans son lit en 2006, Henri Pescarolo, bien que physiquement affecté, nous réjouit encore. Les vainqueurs de 1968, eux, ont depuis longtemps, payé de leur vie leur tribut à la course automobile. Sic transit gloria ! En même temps, à Abingdon, on s’affaire à terminer une rare commande de MG/ C pour les Ets Richard, l’importateur français. Qui s’en soucie ?

Un peu assoupi par la monotonie de l’autoroute, le silence harmonieux et feutré du V6 anglais d’origine américaine, engoncé dans la ronce de noyer et le cuir pleine fleur Connoly, je mesure la fulgurance de ce retour vers le futur. L’étudiant  avide de courses automobiles est aujourd’hui Président de l’ACSO Classic. Une réussite ! J’ai une épouse admirable, deux beaux enfants qui me régalent, une maison au bord de l’eau, je chante dans une chorale à succès, j’ai encore quelques amis et … la MG/ C évoquée plus haut dans mon garage. Certes, voilà longtemps que j’ai perdu l’ambition de devenir pilote de course comme j’en rêvais enfant. Mais je rêve encore de mes rêves et me voilà, aujourd’hui, par la grâce de mon appartenance à l’ACSO et de la délégation de mon Président, invité « premium » aux 24 heures du Mans 2015.

J’ai passé et oublié Châtellerault et ses insignifiances. J’accède enfin, dès le samedi matin à la première heure, dans l’enceinte des 24 heures du Mans 2015. Quelques accréditations plus tard je me retrouve au paddock et dans les stands de la plus grande course automobile du monde. Je mesure la démesure! Les autos sont maintenant des avions de chasse interdits de vol, les structures techniques feraient pâlir de jalousie les ingénieurs retraités de Cap Canaveral, les stands s’apparentent à des espaces confinés de centrales nucléaires et les pilotes ressemblent à des cosmonautes aérobies contraints de vivre en pesanteur.

A la présentation des équipages sur la grille de départ je cherche avec nostalgie les rares drapeaux français. Ils ont déserté les premières lignes au profit des allemands et pour le reste ils ne résistent plus aux assauts des japonais, russes,  chinois, Hong- Kongais, sans parler des saoudiens et des autres émirats ou principautés exotiques.  La course n’a pas vieilli. L’enthousiasme des pilotes n’a  toujours aucun respect pour la recherche technologique et la finance. Le vainqueur sera hybrid. Le diesel a rendu les armes. Le futur s’en réjouira. Les spectateurs anglais, conquérants historiques de la province mancelle, eux, sont restés fidèles à la bière et leur consommation ne semble pas avoir baissé

Il reste encore un peu de tradition dans le futur !

Pierre WEHNER


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